mercredi 24 février 2010

Un dia de derrota

Il est presque 16 heures. Roberto s’est allongé sur la banquette du restaurant et a fini par s’endormir. Ne pas fermer les yeux, ne pas dormir. Ne surtout pas dormir.
Je dois en être à mon 8ème café.
Au 4ème étage du terminal des Ferries à Calais, devant la grande baie vitrée, j’observe cet enchevêtrement de routes qui partent dans tous les sens, qui passent dessus, dessous, qui tournent et qui retournent. Toutes ces grues qui donnent l’impression d’avoir envahies le port, ces ferries qui chargent et qui déchargent. Et ce trafic ininterrompu de camions en partance ou en provenance de Douvres, sur la rive juste en face, c’est-à-dire de l’autre côté de la Manche et de la frontière.
« Ce qui place les êtres humains après les marchandises, c’est de n’avoir ni argent ni propriétaire »
Je me rappelle avoir souri lorsque j’ai entendu Roberto dire pour la première fois « Je suis né accidentellement au Chili. » J’ai souri comme lorsque l’on dit une vérité, parce que je sais les réactions qu’elle provoque. « Tu ne peux pas dire ça ». Non, la vérité est une chose qu’il ne faut pas dire.
C’était moi qui avais un passeport non valide et expiré, c’est pourtant Roberto qu’on a interrogé, fouillé à nu, et privé de liberté pendant 4 heures.
C’était moi qui n’étais pas en règle, c’est pourtant Roberto qu’on a soupçonné, photographié, dont on a pris les empreintes digitales, pour finalement lui refuser l’entrée sur le territoire anglais.
Ils voulaient que je prenne le bus seul et que je le laisse là, ça les a dérangé que je reste, que j’attende, que j’essaye de l’aider. Ils n’ont pas cru qu’on soit vraiment amis, qu’il habite vraiment chez moi, qu’on travaille vraiment ensemble sur des projets artistiques.
Ils lui ont refusé l’entrée sous prétexte qu’il n’avait pas d’argent, quand ils ne m’ont même pas posé la question.
La police française nous a finalement raccompagnée hors de la zone frontalière, et nous a planté là, « libres » puisque tout est en règle.
Si vous êtes chiliens et sans argent, que l’on vous interroge pendant 4 heures, que l’on vous prive de liberté, que l’on vous photographie et que l’on prend vos empreintes digitales, c’est que « tout est en règle » . Je me le suis fait répéter 2 fois, en anglais et en français. « Tout va bien, on lui refuse simplement l’entrée au Royaume-Uni. »
« Délit de faciès » opinait le gardien qui nous raccompagnait. « Et ça arrive souvent ? »   « Avec les Anglais oui, déjà 30 depuis ce matin ».  Il était 5 heures et demie …
On est donc loin d’être les seuls, personnes indésirables à se faire délester sur un parking de supermarché à n’importe quelle heure du jour ou de la nuit, peu importe qu’on ait payé nos billets, que l’on ne sache pas ou l’on est, qu’il fasse froid ou qu’il pleuve, et que l’on ne parle pas un mot de français comme ces 2 lituaniens, camarades d’infortune, avec qui on a continué la route.
Le reste, c’est la galère. La galère et l’attente, quand on n’a pas dormi, pour rejoindre Calais et essayer de savoir quoi faire, ou aller, dans une ville où l’on a jamais mis les pieds et où personne ne semble capable de nous renseigner. On est le problème de personne, on n’intéresse personne, on est de passage et indésirables, je commence à me demander si c’est écrit sur nos gueules.
Quelques heures plus tard, alors que l’on prend un énième bus, je crois apercevoir un groupe de sans papiers sur les marches d’un bâtiment. Je pense à eux qui ne sont légitimes nulle part, indésirables et fautifs partout ; et qui n'ont surtout aucune perspective de pouvoir tôt ou tard se reposer ne serait-ce que quelques heures dans une endroit chauffé, pouvoir enfin dormir tranquillement et "en paix".
On est maintenant au terminal des ferrys, il faut attendre jusqu’à 18 heures et peut-être un bus pour pouvoir rentrer à Paris. Jusque-là, 7 heures de plus à attendre et à errer dans cet immense bâtiment quasi désert. Et ne pas dormir, ne surtout pas s'endormir.
Je crois que je vais reprendre un café.
Roberto est né accidentellement en Chili, tout comme je suis né accidentellement en France. Mais il y des accidents plus graves que d’autres, et ce sont toujours les mêmes qui ont de la chance.

mercredi 17 février 2010

lundi 15 février 2010

Projection au cinéma La Clef mardi 16




Pour ceux qui n'ont toujours pas vu ou qui veulent revoir le documentaire Seguir luchando para seguir existiendo, nous le projetons ce mardi (c'est à dire demain ...) au centre culturel La Clef dans le 5è à Paris.
Le film sera suivit d'un débat avec la participation d'un avocat tout juste revenu du Chili et qui donnera des nouvelles sur la situation des prisonniers politiques Mapuche et sur le procès d'Elena Varela, qu'il a suivit en tant qu'observateur international.

Pan Duro n° 1 !


Le premier numéro de la revue Pan Duro est prêt et téléchargeable au format PDF ici. Il n'y a pour l'instant pas de version française.
On distribuera la version papier de la revue lors des événements qui auront lieu cette semaine.
Stay tuned !

dimanche 7 février 2010

On dit bien que la justice est aveugle

À propos des demandes de libération conditionnelle des militants du groupe Action directe.

Par Jean-Marc Rouillan et Thierry Discepolo, 7 septembre 2007.

Première libérée parmi les anciens membres du groupe Action directe, Joëlle Aubron est morte le 1er mars 2006, dix huit mois après avoir bénéficié d’une suspension de peine pour raisons de santé. Le jeudi 2 août 2007, Nathalie Ménigon a commencé sa vie de semi-liberté ; elle était libérable depuis deux ans, comme deux autres membres du groupe Action directe, Georges Cipriani et Jean-Marc Rouillan [1]. Le délibéré de la deuxième demande de conditionnelle de ce dernier sera rendu le 26 septembre 2007. Seule une perspective historique permet de montrer ce qu’il convient d’appeler une vengeance d’État ; et de mettre à jour la banalisation en matière de répression sociale et politique. Il nous semble important de revenir sur quelques « vieilles histoires » pas seulement françaises pour éclairer quelques pans de notre actualité politique et comprendre la situation française.

« - Croyez-vous que l’assassin du président McKinley soit fou ?
Emma Goldman :
- Il l’est sans doute. Il a tué un homme sans s’appuyer sur la force de la loi. S’il était président des États-Unis, il aurait pu faire ce que McKinley a fait : envoyer son armée aux Philippines pour y tuer des enfants de dix ans. Ce qui aurait été légal. Et parfaitement sensé. » Howard Zinn, En suivant Emma [2]

L’un des deux derniers membres encore détenus de la Fraction Armée Rouge (RAF), Christian Klar, bénéficiera d’un allègement de sa peine de prison, décida le 24 avril un tribunal allemand [3]. Théoriquement libérable à l’expiration de sa période de sûreté, début 2009, il avait demandé la grâce du président Horst Köhler pour anticiper sa sortie – qui lui a été refusée, ainsi qu’à Birgit Hogefeld, autre membre de la RAF, emprisonnée quant à elle depuis 15 ans.

En revanche, l’ancienne militante Eva Haule, condamnée à la prison à vie, été remise en liberté fin août 2007, après 21 ans derrière les barreaux. En février dernier, après 24 ans d’incarcération, c’était le tour de Brigitte Mohnhaupt, également membre de la RAF, d’être libérée à la fin de la période de sûreté dont avait été assortie sa peine. Malgré une virulente campagne de presse, les magistrats n’exigèrent aucun repentir ; il fut simplement jugé qu’elle « ne présentait plus de dangerosité ».À cette occasion, un ancien ministre démocrate-chrétien avoua éprouver de la gêne à la constatation que cette activiste avait accompli une incarcération plus longue qu’Albert Speer, le bras droit d’Hitler.
C’est une évidence qu’après les procès de Nuremberg organisés par l’occupant la justice allemande fut particulièrement clémente avec les génocidaires nazis. Citons trois exemples [4] :

— responsable de la Gestapo et organisateur de la déportation des Juifs de France, Ernst Einrichsohn, ne fut jamais inquiété après-guerre, exerça comme avocat et fut maire d’une petite ville ; finalement condamné à six ans en 1980, il bénéficia d’un aménagement de peine ;
— responsable d’Auschwitz, Walter Dejaco fut l’un des architectes des crématoires : après cinq ans d’emprisonnement en URSS, livré à son pays, il fut acquitté ; dans les années 1970, il affirma ne rien regretter de son passé ;
— Alfonz Goetzfried participa à la « Fête des moissons » organisée par Himmler en novembre 1943, aux cours de laquelle furent assassinées 17 000 personnes ; sa responsabilité personnelle a été reconnue dans au moins 500 meurtres. En mai 1999, Goetzfried fut condamné à dix ans de prison, mais, exempté de peine, il est sorti libre du tribunal.

Le personnel politique et judiciaire allemand a donc emprisonné plus longtemps une militante communiste révolutionnaire des années 1960 qu’un des architectes du IIIe Reich, fils de la grande bourgeoisie, ministre nazi de l’armement et responsable de l’organisation régissant le travail forcé des étrangers. Pareille disproportion de traitement ne relève pas seulement de l’inégalité entre les justiciables, s’ils sont patrons ou ouvriers, hauts commis de l’État ou simples citoyens, riches ou pauvres, fonctionnaires fascistes ou militants révolutionnaires. Elle corrobore une des faces de la fonction judiciaire dans les affaires politiques : la soumission de la justice aux pouvoirs et aux intérêts de la classe au pouvoir dans les démocraties bourgeoises.
De ce côté du Rhin, l’histoire s’écrivit-elle autrement ? Certes, quand ils le purent, les résistants français jugèrent eux-mêmes les collaborateurs tombés entre leurs mains ; et des tribunaux en envoyèrent d’autres au peloton. Toutefois, il s’agit le plus souvent de simples miliciens et des tortionnaires de la rue Lauriston [5]. Si le traitement de haute faveur du préfet Papon sert chez nous d’exemple, le haut personnel de Vichy, jamais réellement inquiété, fut le plus souvent protégé par des patrons comme ceux de Michelin, de L’Oréal ou des principales banques du pays, avec le soutien d’une partie du personnel politique recyclé après la Libération.

Donnons là encore quelques exemples pour éclairer notre propos [6] :

— secrétaire d’État du gouvernement de Pétain, en charge des relations franco-allemandes, Jacques Barnaud obtint un non lieu en 1949 et retrouva son poste à la banque Worms ;
— officier de gendarmerie au camp de Drancy, Paul Barrai fut condamné à deux ans de prison puis relevé de l’indignité nationale moins d’un an plus tard ;
— ministre du Travail de Pétain, signataire du statut des juifs, René Belin bénéficia d’un non lieu devant la Haute Cour puis dirigea la Revue syndicaliste de Force ouvrière et fut élu maire d’une commune de Seine et Marne ;
— secrétaire d’État du gouvernement Laval, Jacques Benoist-Méchin fut condamné à mort, peine commuée à la perpétuité et libéré en 1954, exerçant par la suite des missions dans les pays arabes pour le compte du gouvernement français ;
— volontaire alsacien de la SS et présent lors du massacre d’Oradour-sur-Glane, Georges Boss fut condamné à mort, gracié et libéré cinq ans plus tard ;
— ministre de Pétain, signataire du statut des Juifs, Yves Bouthillier fut condamné à trois ans mais aussitôt libéré ; il travailla dans diverses banques et conseilla Marcel Dassault ;
— inspecteur des renseignements généraux spécialiste des affaires juives de 1942 à 1944, Jean Dides ne fut jamais jugé ; révoqué puis rapidement réintégré à la faveur des débuts de la guerre froide, il fut promu commissaire de police et élu poujadiste en 1956 ;
— organisateur de l’organisation terroriste d’extrême droite « La Cagoule », responsable de la milice du Limousin, Jean Filliol ne fut jamais inquiété et, malgré trois condamnations à mort par contumace, il finit sa carrière directeur général chez l’Oréal ;
— membre du service des Affaires juives, directeur du fichier des Juifs à la préfecture de police, André Tulard a préparé la rafle du Vel’d’hiv’ ; jamais inquiété, il meurt dans son lit en 1967 en conservant son titre de Chevalier de la Légion d’Honneur.

Force est de constater que l’État français fit preuve d’une très grande mansuétude pour beaucoup de criminels de la collaboration. On nous a expliqué qu’il a su être pragmatique, qu’il fallait reconstruire et que l’on ne pouvait se couper de ses « élites ». Le pragmatisme a bon dos. Tout récemment, l’ex-Premier ministre Raymond Barre ne justifiait-il pas le maintien en poste à la Préfecture de Bordeaux de son ancien ministre du Budget Papon ?

À la faveur de la guerre froide, le recyclage devint vite la norme : pendant que les États-Unis récupéraient les savants et les maîtres espions nazis, la France embauchait en masse les cadres des troupes d’élite allemandes pour renforcer son armée, qui allait mener bataille contre les insurrections dans les anciennes colonies où l’on avait – par pragmatisme, là aussi – promis l’autodétermination quand on avait besoin de leur engagement contre les forces de l’Axe.
Dans la traque aux communistes, de l’Empire colonial à la métropole, l’État français ne montra pas trop regardant sur le recrutement au service de l’installation et du maintien des régimes fantoches d’Afrique et d’Asie. Ensuite, les magistrats joueraient leur rôle : organiser l’impunité des forces de l’ordre lors des sanglantes répressions : 30 000 exécutions sommaires d’Algériens à Sétif au printemps 1945 ; et, quelques mois plus tard, 80 000 assassinats de civils à Madagascar. Les historiens estiment à près de 2 millions de morts le bilan de la répression dans les colonies entre mai 1945 et 1962, qui toucha aussi bien les militants anticolonialistes que les populations civiles. Sur le plan judiciaire, les coupables furent systématiquement couverts. Impunité totale [7].

Les lois d’amnistie ne sont pas seulement la règle pour les criminels de guerre au service de l’État. Leur décoration aussi. A-t-on exigé la repentance du ministre tortionnaire Aussaresses, responsable du « Commando O », le plus terrible des escadrons de la mort qui sévit lors de la répression de masse pompeusement baptisée « Bataille d’Alger » ? Celle du général Bigeard qui lui livra personnellement son prisonnier Ben M’Hidi [8] ? Celle des généraux Massu et Schmitt, qui ont couvert les crimes de la soldatesque [9] ?
De droite comme de gauche, indistinctement, les gouvernements n’ont réservé depuis qu’honneurs à ces généraux. À la tête des militaires insurgés d’Alger le 13 mai 1958, le général Massu est un des principaux acteurs du coup d’État gaulliste qui renversa la IVe République. En Mai 68, De Gaulle se réfugiait chez son vieux général, alors en charge des troupes d’occupation en Allemagne : celui-ci l’assura du soutien de l’armée au cas où l’ordre ne serait pas rétabli par la police.

En 1974, le président Giscard d’Estaing et son premier ministre Jacques Chirac nomment Bigeard secrétaire d’État à la Défense pour briser la contestation des comités de soldats dans les régiments de conscrits. Combien ont rappelé que ce bon général donna son nom aux « Crevettes Bigeard », expression emprunte d’humour de salle de garde pour décrire les milliers de prisonniers ficelés au barbelé et jetés des hélicoptères dans la Méditerranée [10].
En 1981, après avoir réhabilité le général Salan et le « quarteron des généraux félons », le président Mitterrand nomma le général Schmitt chef d’État major des forces armées.
Les archives de la justice militaire ne semblent garder la mémoire que d’un seul officier jugé et condamné pour « opérations de police » : le général Paris de Bollardière. Celui-ci n’a toutefois pas participé aux milliers de crimes maquillés mais refusé d’obéir aux ordres et de collaborer à ces forfaits.
La liste de l’impunité institutionnalisée ne pourrait être complète sans mentionner, au moins, les disparitions d’opposants et d’exilés comme Mehdi Ben Barka [11] ou Henry Curiel [12] ; l’indulgence générale dont a bénéficié un Bob Denard, mercenaire pour les services secrets français qui a pu se pavaner sur les plateaux de télévision. Avec l’installation au cœur de l’État du complexe militaro-industriel, la machine à pardonner grandit à la mesure de la machine à punir : interventions militaires au service du pillage des matières premières pour les bénéfices d’Elf, de Total et des autres monopoles miniers ; terreur et corruption sous l’emprise des réseaux Foccart dans les anciennes colonies ; enfin, les coups d’État préparés directement à Paris dans les bureaux ministériels jusqu’au début des années 1990, où les magistrats de l’anti-terrorisme surent dresser un pare-feu à l’inévitable inculpation par le tribunal international des officiers français pour complicité de génocide Rwandais [13].

Lors de la conférence de presse organisée le 26 février 2007 par Défense active, dans le cadre de la compagne de libération des militants d’Action directe, le psychanalyste et ancien membre de la Gauche prolétarienne, Gérard Miller, à la tribune, témoignait parmi d’autres de son soutien [14]. Il fut surtout question de la manière dont il avait dû se justifier.
« Auriez-vous eu le même sursaut de commisération si les militants en question avait appartenu à l’extrême droite ?, lui avait demandé un journaliste.
À quoi Miller répondit :
« Pour que je réponde à cette question, il aurait fallu que l’État vienne lui-même mettre à l’épreuve l’étendue de ma miséricorde en matière de répression antifasciste. Est-ce notre faute si l’on est obligés de constater que, depuis des lustres, les criminels d’extrême droite ont été libérés plus vite que leurs ombres ? Est-ce ma faute si je n’ai jamais eu le temps, hélas, de me mobiliser pour réclamer leur libération ? »

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[1] Joëlle Aubron, Georges Cipriani, Nathalie Ménigon et Jean-Marc Rouillan ont été condamnés en février 1987 à perpétuité pour l’assassinat de l’ingénieur général de l’armement René Audran, en 1985, et du PDG de Renault Georges Besse, l’année suivante ; Régis Schleicher a été condamné à la perpétuité en 1985 pour la fusillade de l’avenue Trudaine, à Paris, qui, en 1983, fit deux morts et un blessé grave chez les policiers.
[2] H. Zinn, En suivant Emma, Editions Agone, 2007
[3] Christian Klar purge depuis plus de vingt-quatre ans la peine de réclusion à perpétuité pour l’assassinat du juge Siegfried Buback, de son chauffeur et de l’un des ses collaborateurs, du patron des patrons allemands Hanns-Martin Schleyer et du banquier Jürgen Ponto.
[4] Ces exemples ont été tirés de la liste de 1074 noms recensés sur le site « Mémoire juive et éducation ».
[5] Siège de la Gestapo française. Les chiffres de l’épuration sont très contradictoires et contestés, les historiens parlent de 10 000 exécutions dont la moitié avant la Libération et sans jugement.
[6] Voir note 2.
[7] Pour ne citer que le traitement des membres de l’OAS (plusieurs centaines de condamnation) : en 1964, une première amnistie pour les prisonniers condamnés à des peines inférieures à quinze ans ; en 1966, une centaine de condamnés sont graciés puis, une seconde loi d’amnistie efface les condamnations des condamnés libérés ; en 1967, libération du général Jouhaud, condamné à perpétuité ; en 1974, une amnistie complémentaire efface d’autres condamnations pénales ; en 1982, réintégration des officiers survivants dans les cadres de l’armée ; enfin, en 1987, les dernières condamnations encore effectives sont amnistiés.
[8] Ben M’Hidi est considéré comme le Jean Moulin algérien de la résistance au colonialisme français. Après plusieurs jours d’interrogatoire par ses parachutistes, le général Bigeard ordonna qu’il soit livré aux hommes d’Aussaresses pour être liquidé.
[9] Déclaration d’Aussaresses (Le Monde, 3 mai 2001) : « Les autres [prisonniers] dont la nocivité était certaine, ou du moins hautement probable, nous les gardions avec l’idée de les faire parler rapidement avant de nous en débarrasser… La fin de chaque nuit, je relatais les évènements... L’original revenait à Massu et les trois autres copies, une pour le ministre-résident Robert Lacoste, une pour le général Salan, pour mes archives. »
[10] Lire Pierre Vidal-Naquet, Les Crimes de l’armée françaises 1954-1962, La Découverte 1975.
[11] Leader de l’opposition marocaine, Mehdi Ben Barka fut condamné à mort par contumace et exilé à Paris. Le 29 octobre 1965, il est enlevé par des policiers français et assassiné. Parmi les exécutants, on retrouve des membres des réseaux Foccart et de l’OAS ainsi que des anciens de la gestapo française.
[12] Leader communiste égyptien exilé ayant pris fait et cause pour le FLN algérien durant la guerre de libération, Henri Curiel est assassiné à Paris, le 4 mai 1978, par des membres du bras armé du parti gaulliste, Service d’Action civique (SAC), action revendiquée par le groupe Delta du nom des commandos de l’OAS.
[13] Lire Colette Braeckman, « Accusations suspectes contre le régime rwandais », Le Monde diplomatique, janvier 2007.
[14] Jour du vingtième anniversaire de l’arrestation, à Vitry-aux-loges, de Joëlle Aubron, Georges Cipriani, Nathalie Ménigon et Jean-Marc Rouillan.

mercredi 3 février 2010

Morceau Choisi

Les sentinelles perdues

"Lorsqu'une situation révolutionnaire se produit dans un pays, sans que l'esprit de révolte soit encore assez éveillé dans les masses pour se traduire par des manifestations tumultueuses dans la rue, ou par des émeutes et des soulèvements, c'est par l'action que les minorités parviennent à réveiller ce sentiment d'indépendance et ce souffle d'audace sans lesquels aucune révolution ne saurait s'accomplir.

Hommes de cœur qui ne se contentent pas de paroles, mais qui cherchent à les mettre à exécution, caractères intègres, pour qui l'acte fait un avec l'idée, pour qui la prison, l'exil et la mort sont préférables à une vie restant en désaccord avec leurs principes ; hommes intrépides qui savent qu'il faut oser pour réussir, ce sont les sentinelles perdues qui engagent le combat, bien avant que les masses soient assez excitées pour lever ouvertement le drapeau de l'insurrection et marcher, les armes à la main, à la conquête de leurs droits.

Au milieu des plaintes, des causeries, des discussions théoriques, un acte de révolte, individuel ou collectif, se produit, résumant les aspirations dominantes. Il se peut qu'au premier abord la masse soit indifférente. Tout en admirant le courage de l'individu ou du groupe initiateur, il se peut qu'elle veuille suivre d'abord les sages, les prudents, qui s'empressent de taxer cet acte de "folie" et de dire que "les fous, les têtes brûlées vont tout compromettre." (...)

Quiconque connaît un bout d'histoire et possède un cerveau tant soit peu ordonné, sait parfaitement d'avance qu'une propagande théorique de la Révolution doit se traduire nécessairement par des actes, bien avant que les théoriciens aient décidé que le moment d'agir est venu ; néanmoins, les sages théoriciens se fâchent contre les fous, les excommunient, les vouent à l'anathème. Mais les fous trouvent des sympathies, la masse du peuple applaudit en secret à leur audace et ils trouvent des imitateurs. A mesure que les premiers d'entre eux vont peupler les geôles et les bagnes, d'autres viennent continuer leur œuvre ; les actes de protestation illégale, de révolte et de vengeance se multiplient."

Pierre Kropotkine, L'esprit de révolte

(Le texte complet se trouve dans la bibliothèque libertaire)


mardi 2 février 2010

"Nadie lee, pero igual hagamosla !"

"Personne ne lit, mais on va la faire quand même !" écrivait Roberto lorsqu'il réunissait des livres pour essayer de mettre en place une bibliothèque en ligne. Constat ironico-amer, puisque ce fantasme collectif que l'on appelle le peuple ne lit pas, ou peu, et encore moins sur internet (pas plus qu'il ne lit ce blog d'ailleurs). Les mots ont depuis longtemps perdu la bataille du sex-appeal, et sont décidément hors tendance. Mais pour n'avoir jamais été à la mode, ils ont toujours accompagné les révolutions.

Une bibliothèque libertaire en ligne, avec une quantité non négligeable d'ouvrages et d'auteurs à lire gratuitement. En espérant que certains d'entre vous auront l'envie d'aller fouiller et de faire tourner ce lien.

http://www.bibliolibertaire.org/liste_des_ouvrages.htm

(les textes sont en français, dont certains traduits en anglais et en espagnol)

lundi 1 février 2010

Ce plan Z qui a épouvanté le Chili

Cet article, paru dans le monde diplomatique de décembre dernier, peut être vu comme un complément au Spectre de Pinochet.

(cliquer sur les photos pour lire l'article, découpé en 5 parties)

"SALVADOR ALLENDE PRÉPARAIT UN AUTO-COUP D'ÉTAT SANGLANT"

jeudi 28 janvier 2010

La lucha continua en el Wallmapu

Alors que la Lonko Juana Calfunao est toujours emprisonné, le werken de la communauté, Antonio Cadin Huentelao, a organisé un trawun le 8 et 9 janvier dernier dans la communauté Juan Paillalef pour marquer la mise en place d'un nouvel outil de défense juridique, le Defensor Juridico Social Autonomo Mapuche.
La réunion traditionelle a eu lieu autour du rehue, et l'accord a été passé avec plusieurs Lonkos et werkens de communautés engagés pour la restitution des terres et la défense culturelle du peuple Mapuche.
On m'a fait parvenir les images, que j'ai ensuite monté avec Roberto.

(vidéo en espagnol non sous titré .. )

mercredi 27 janvier 2010

L'invasion de l'Iran

Je me rappelle très bien, c'était une journée d'octobre. J'étais en voiture et j'écoutais la radio. Le journal de France Info. Un journaliste commentait un nouveau rapport de l'agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) qui visait l'Iran. On venait de découvrir des activités d'enrichissement d'uranium cachées jusque là. Panique générale. Et pendant 5 minutes, on a eu droit à un dossier à charge contre l'Iran, ce pays "dangereux" à vocation belliqueuse, cet ennemi des droits de l'homme, ce délinquant international et, de surcroit, antisémite.

Une condamnation nette, définitive et unanime.

Tout en écoutant, j'ai commencé à réfléchir un peu. Juste pour voir. Essayer de mettre une distance critique face à ce qui me paraissait, les minutes défilant, une opération de propagande en bonne et due forme.

Quelles sont ces fameuses lois "internationales" que l'Iran enfreint ? Seraient-ce les résolutions de l'ONU, les mêmes sur lesquelles s'assoient les États-Unis en cas de besoin, serait-ce le traité de non-prolifération des armes atomiques ?

Cette agence, l'AIEA, dépend directement des Nations Unies, et a été crée sous l'impulsion d'Einshower. Sa mise en place a cependant été retardée de quelques années parce que les États-Unis, alors en pleine guerre froide, livraient une course farouche à l'armement.
Les 5 membres permanents du conseil de sécurité de l'ONU, en plus d'être chacuns dotés de l'arme nucléaire, sont les 5 plus gros vendeurs d'arme au monde. Demandez-leurs, ils vous diront surement que personne d'autre qu'eux-mêmes ne doit disposer de l'arme nucléaire.
Ils ont d'ailleurs signé le traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Non-prolifération, l'idée fait presque sourire. Ça voudrait dire que ceux qui ont la puissance nucléaire peuvent la garder (et continuer ainsi à assoir leur domination), mais que ceux qui ne l'ont pas ne doivent surtout pas y avoir accès.
Cela veut aussi dire que certains pays sont jugés à priori plus dangereux que d'autres, et n'ont pas le droit aux mêmes armes que tout le monde. Délit de faciès ? Privilège des riches et des puissants ?

Qui donc peut décider légitimement de telles choses ? Qui parle surtout, un journaliste indépendant de France Info, ou le secrétaire d'état de la maison blanche ?

A se demander si ce même journaliste est au courant que les américains nous ont déjà fait le coup en Irak (gros mensonge très vite oublié) et qu'historiquement, les États-Unis sont le seul pays à avoir utilisé la bombe atomique contre des civils. (c'est diagnosticable, l'amnésie, comme maladie collective ?)

Voilà le genre de réflexions qui me sont venus pendant 5 minutes. Tentative de réflexion contre tentative de propagande.

Je ne vais même pas critiquer les opinions du journaliste. Il a le droit de croire que les États-Unis sont par essence moins dangereux et plus humanistes que l'Iran (quoique je lui conseille quand même, en séance de rattrapage, un ouvrage sur le génocide des indiens en Amérique du Nord, un autre sur l'esclavage des noirs, et un dernier sur les dictatures militaires latino-américaines des années 50 à aujourd'hui, pour commencer). Il a le droit de penser que le traité de non-prolifération des armes nucléaires est motivé par une volonté d'équité et de justice entre les pays et les peuples ; il a même le droit de penser que la domination de l'occident sur le reste du monde est justifiée, souhaitable et tout à fait morale.
Toutes les opinions se discutent. Mais en tant que journaliste supposément objectif, il a au moins le devoir de clarifier ses présupposés idéologiques, et d'adopter ne serait-ce qu'un minimum de distance critique par rapport à ce qu'il raconte.

Et j'écoutais le journal de France Info ...

C'est à ce moment là je crois que je me suis rendu compte - c'est d'ailleurs pour ça que je m'en souviens - comment on travaillait l'opinion, comment on mettait en place une certaine idéologie (et une vision du monde) pour préparer une future intervention en Iran. On commençait à faire circuler des idées, qui ne tiennent pas debout 5 minutes face à une pensée critique et raisonnée, mais des idées récurrentes, qu'on répète jusqu'à plus soif, qu'on fait tourner en boucle, des idées qui restent.

A ce niveau là d'endoctrinement (vital en démocratie pour faire passer les aberrations les plus flagrantes), j'ai même eu l'impression que c'était pour bientôt. Il reste à espérer que mon intuition me trompe, que les États-Unis (et leurs alliés) ne sont pas impérialistes, et que SuperObaman va sauver le monde.

Mais en ces temps de crise économique et de raréfaction des réserves d'énergie, j'ai quelques doutes légitimes à ce sujet là.

mardi 26 janvier 2010

Morceau choisi

Ernesto Che Guevara, après une campagne africaine désastreuse, refuse de rentrer à Cuba et se rend incognito en Bolivie. Sur place, il rejoint le maquis et commence à organiser une nouvelle guerilla, mais la logistique fait terriblement défaut: les hommes et les armes qu'on lui avait promis ne sont pas là.
Il attend la visite du premier secrétaire du parti communiste bolivien, Mario Monge, qui se fait attendre. Celui-ci débarque finalement pour lui annoncer que le parti communiste ne soutient pas la lutte armée, et qu'il n'apportera aucune aide à la guerilla.
Cette défection, de taille, est vécue comme une trahison de la part des quelques hommes restés fidèles au Che. Elle enferme surtout la guerilla dans un isolement suicidaire qui sera, quelques mois plus tard, fatal au Che. Après sa capture, il sera assassiné par l'armée bolivienne (surement sur ordre de la CIA), et sa dépouille exhibé pendant 2 jours au journalistes du monde entier


Mario Monge, premier secrétaire du parti communiste bolivien
"- Je regrette, mais les conditions ne sont pas réunis pour le type de lutte que tu proposes."

Che Guevara
"- Dans toutes les régions du monde ou l'homme est exploité par l'homme, les conditions sont réunis.
Quand des enfants travaillent dans les mines, quand 50% des mineurs meurent avant d'avoir atteints 30 ans, quand ces mêmes mineurs décident de faire grève pour une augmentation de salaire et qu'ils se font massacrer par l'armée, les conditions nécessaires à la lutte sont réunis, ou pas, d'après toi ?
Quand les taux de mortalité infantile et maternelle sont parmi les plus élevés d'Amérique Latine, faute d'accès d'hôpitaux et d'accès aux soins médicaux, pour moi, les conditions sont réunis.
Si on a appris une chose à Cuba, c'est bien qu'un soulèvement populaire sans l'appui de la lutte armée n'a aucune chance de prendre le pouvoir, c'est peine perdue."

Dialogues extraits du film Che partie 2: la guerilla de Steven Soderbergh

samedi 23 janvier 2010

"Alors qui était Cafiero ? Le plus grand des anarchistes !"



Les autres contributions au film collectif Outrage et Rebellion se trouvent sur Mediapart.

lundi 18 janvier 2010

Le spectre de Pinochet

Rebaptisé Los Hijos De Pinochet

Ça fait drôle. Un sentiment bizarre, mélange de colère et de résignation. On en veut presque à cette foutue "démocratie" et l'on se sent trahi, une fois de plus.

Les médias chiliens soulignent tous d'une voix unanime le caractère historique de la victoire de Sebastian Pinera, digne représentant de l'élite économique, à l'élection présidentielle chilienne. C'est en effet la première fois depuis 52 ans que la droite arrive au pouvoir par un processus électoral.

Mais quand elle n'avait pas le soutien des urnes, la droite néolibérale avait su trouver de celui de l'armée, en s'assurant au passage de faire perdurer son hégémonie, c’est-à-dire en liquidant de sang froid toute une génération de dirigeants, de syndicalistes et de jeunes aux idées dangereusement progressistes.

À la tête du coup d'état de septembre 1973 s'impose un homme, Augusto Pinochet, commandant en chef des armées qui s'auto-proclame président de la république. La dictature, sanglante, marque sous l'influence des États-Unis la première "expérimentation" du modèle néolibéral américain dans un pays d'Amérique du Sud. La dictature militaire va durer 17 ans, laissant le temps à Pinochet de devenir un intime de Thatcher et de Reagan.

Officiellement, la dictature prend fin en 1990, Pinochet rend le pouvoir et organise les premières élections présidentielles depuis 1970. On ne peut pourtant pas vraiment parler de réelle transition démocratique, puisque Pinochet reste commandant en chef des armées, et un personnage influent (et craint) de la vie politique chilienne, qui ne sera jamais inquiété par la justice jusqu’à sa mort en 2006.

Nombre de cadres de la dictature restent en place (dans l'administration, dans l'armée) et l'on sait maintenant un peu mieux dans quelles conditions le pouvoir a été rendu:

" Dans son livre Chili, une démocratie sous tutelle, Portales révèle le « pacte secret de la transition », par lequel les dirigeants de la concertation s’étaient engagés – à la fin du gouvernement militaire – à ne pas altérer l’ordre politique et économique consacré par la constitution de 1980. " De plus, le pacte secret a une conséquence pratique, il impose une « politique des consensus », rendant dépendantes la gauche et la droite dans un système qui rend presque impossible tout changement législatif, et ou la gauche ne peut à elle seule mettre en place quelconque politique significative.

La concertacion, coalition de centre-gauche, prend donc le pouvoir en 1990, mais un pouvoir vidé de sa substance, avec une coalition timide, sans portée politique, puisqu’elle s’engage à ne toucher aucune des fondations laissées par la dictature. Elle est donc, à dessein, programmée à décevoir, à échouer dans son programme de réforme. Les changements sociaux attendront, et le peuple ne verra toujours pas cette gauche pour laquelle il a voté en 1973. Le modèle néolibéral, mais aussi la constitution et les lois répressives restent inchangés.

Le reste est alors l’histoire d’un pays dangereusement schizophrénique qui cherche à tout prix à tourner la page, à se convaincre les choses ont changés, mais qui est incapable d’assumer la moindre remise en cause de l’héritage de Pinochet. Très peu de responsables de la dictature sont réellement inquiétés. La mémoire collective vire à l’amnésie, et lorsque le nouveau pouvoir en place s’intéresse d’un peu trop près aux scandales de la dictature (le cas des Pinochèques en 1993), l’armée descend dans la rue, créant une onde de terreur et réveillant en chacun les souvenirs les plus noirs de la dictature militaire, qui n’avait jamais paru aussi proche. (le fameux Boinazo)



20 ans de gouvernement de centre-gauche plus tard, le constat est amer.
“ La concertacion est une coalition qui ne cherche pas de changements significatifs dans la société, et qui se contente d’administrer, peut-être avec un peu plus de dépenses sociales, le même modèle qu’a laissé la dictature. Cela devient de plus en plus évident, surtout pour les jeunes qui ne se sont pas inscrits pour aller voter, parce qu’ils se rendent compte que ce système ne permet aucun réel changement dans la société chilienne”.

Face à une gauche divisée, démobilisée, la droite revient donc au pouvoir. Mais l’avait-elle vraiment quitté depuis 1973 ? Impossible de ne pas voir dans la défaite de la concertacion l’échec flagrant de la transition démocratique de 1990.

Dur aussi de ne pas apercevoir derrière ce nouveau fracaso de la gauche chilienne le spectre de Pinochet -pourtant bien mort et enterré- mais dont l'encombrant héritage politique ne cesse d'influencer le Chili de ces 20 dernières années.

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Vidéo ajoutée le 30 Janvier